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Exposition - Images précaires
Marie-Ève Charron  
Le Deveoir, 12 avril 2008  Arts visuels


Arts médiatiques ne riment pas toujours avec dispositifs encombrants et spectaculaires. L'actuelle exposition à la Société des arts technologiques (SAT), que l'on doit à la commissaire d'expérience en la matière, Nicole Gingras, en est un exemple éloquent. Elle signe avec doigté l'expo Effleurements qui réunit des oeuvres de Diane Morin et de Nelly-Éve Rajotte.

Le thème invoqué par le titre met déjà le spectateur sur la piste d'un registre sensoriel délicat et fugace. Dans les oeuvres, ce registre prend forme à travers le son, les images, le mouvement et, surtout, la lumière, élément clé de cette expo qui va jusqu'à éblouir le regard.

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Mécaniques graciles

Les Capteurs d'ombres (2006-08) de Diane Morin sont pertinemment installés dans le sous-sol de la galerie, pour les besoins laissé dans l'obscurité profonde. C'est que les oeuvres de Morin se servent de la lumière pour faire apparaître des petits théâtres d'ombres mécanisés. De là, des effets délicats et ténus, engageant par la grâce un pur ravissement.

En faisant passer par la noirceur (comme elle l'avait fait à Optica en 2007 avec une expo remarquée), l'artiste alimente un état de surprise. Il en est ainsi à la SAT avec cinq tiroirs transformés en boîtiers lumineux qui se découpent discrètement dans l'espace. Sur ces surfaces-écrans, les ombres font deviner des mondes lilliputiens (silhouette de paysage urbain) ou des chorégraphies d'automates.

Sous les surfaces sont logés des tuyaux et entonnoirs de plastique dissimulant des dispositifs lumineux, des circuits de contrôle électronique et des objets désuets (machine à écrire, machine à tricoter) que l'artiste a trafiqués. Et ça bouge, sans qu'il soit clairement possible d'en désigner la source, le fonctionnement étant en partie dérobé au regard. La mobilité peut venir de la lumière qui surgit et vacille (emportant avec elle la possibilité de voir quoi que ce soit) ou bien de tiges animées qui se déplient doucement.

La dimension sonore rajoute à l'expérience. Le son de quelques-uns des objets animés est capté par microcontact, amplifié et diffusé dans l'espace. En surgit un singulier concert produit, on le sent, par le tapotement des éléments, mais dont l'intensité (rappelant vaguement le rythme effréné d'un marteau-piqueur) tranche avec la petitesse des mécanismes.

Cette installation, dans la foulée des projets antérieurs de l'artiste, confirme un travail d'une rare qualité plastique et poétique, sans que l'expérimentation soit mise de côté. Diane Morin, suivant les mots judicieux de Nicole Gingras, «approfondit son investigation de la lumière comme agent révélateur: ombre, trace, empreinte, image, forme, mouvement». Investigation d'ailleurs dont on peut voir aussi les résultats au centre Vu à Québec (jusqu'à aujourd'hui) avec une série de photogrammes, autre volet captivant de sa pratique.

Marie-Ève Charron
Collaboratrice du Devoir